Centenaire de l’Institut Melkonian : Héritage, résilience et culture arménienne
Il existe des lieux qui dépassent leurs murs physiques pour devenir des symboles de survie, d’identité et d’espoir. L’Institut Éducatif Melkonian à Nicosie, Chypre, était l’un de ces endroits. À l’approche du centenaire de sa fondation, la Chorale de l’Église Arménienne prépare un concert spécial qui résonnera dans la mémoire collective, célébrant non seulement une école, mais aussi un témoignage de la résilience de l’esprit arménien.
Prévu pour le 26 juin 2026, le long de l’avenue de Limassol à Nicosie, cet célébration du centenaire arrive à un moment significatif de l’histoire éducative arménienne. L’Institut Éducatif Melkonian, fondé en 1926 grâce à la vision et à la générosité des frères Melkonian — Krikor et Garabed — est devenu l’un des établissements arméniens en pensionnat les plus prestigieux de la diaspora.
La vision des frères Melkonian
Tout commence avec deux frères originaires de Tavriz, en Perse, qui ont fait fortune dans l’Extrême-Orient à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. Krikor et Garabed Melkonian n’ont jamais été mariés ni eu d’enfants, mais ils possédaient peut-être quelque chose de plus précieux : une vision pour l’avenir de la jeunesse arménienne. Ayant vécu la destruction causée par le Génocide arménien et la dispersion de leur peuple à travers le monde, les frères comprenaient que l’éducation serait essentielle pour préserver leur identité.
Après le décès de Krikor Melkonian en 1920, suivi par celui de Garabed en 1925, leur testament révélait une donation exceptionnelle. Ils ont laissé leur fortune — estimée à plus d’un million de livres sterling à l’époque — pour créer une institution éducative pour les orphelins arméniens et les enfants issus de familles pauvres. L’Institut Melkonian ouvrit ses portes en 1926, accueillant des étudiants venant du Moyen-Orient, d’Europe, et d’ailleurs.
Un siècle d’impact
Pendant des décennies, l’Institut Melkonian a été bien plus qu’une simple école. C’était un foyer, un refuge, un lieu où l’identité arménienne se forgeait et se renforçait. Les élèves recevaient un enseignement rigoureux dans plusieurs langues, notamment l’arménien, l’anglais et le grec, tout en étant immergés dans la culture, l’histoire et les traditions arméniennes. Les diplômés de l’école sont devenus des leaders, des intellectuels, des artistes et des professionnels qui ont grandement contribué aux communautés arméniennes à travers le monde.
L’institution a fonctionné sans interruption jusqu’en 2005, année où, en raison de difficultés financières et d’une baisse des inscriptions, sa fermeture a été décidée — une décision qui a suscité des protestations et beaucoup de tristesse parmi les anciens élèves et la communauté arménienne en général. Le campus, avec son architecture distinctive et ses vastes terrains, reste un symbole tangible de ce qui fut autrefois un centre vibrant d’apprentissage arménien.
La musique comme mémoire
Choisir un concert comme élément central de cette célébration du centenaire est particulièrement approprié. La musique a toujours été un vecteur essentiel de la préservation de la culture arménienne, permettant de transmettre la mémoire collective et l’émotion. La Chorale de l’Église Arménienne, reconnue pour son dévouement à la musique sacrée et traditionnelle, élaborera sans doute un programme qui honorera à la fois l’aspect spirituel et culturel de l’héritage Melkonian.
Les détails précis du programme n’ont pas encore été dévoilés, mais on peut s’attendre à une sélection qui couvre toute la richesse du patrimoine musical arménien — depuis les chants liturgiques anciens qui résonnent dans les églises arméniennes depuis des siècles, jusqu’aux chansons populaires qui racontent l’histoire du peuple arménien, et peut-être aussi des œuvres contemporaines qui reflètent le parcours actuel de la diaspora.
Une rencontre intergénérationnelle
Ce concert ne représente pas seulement un événement commémoratif ; c’est aussi une occasion de retrouvailles et de réflexion. Les anciens de l’Institut Melkonian, dispersés à travers le monde, auront l’occasion de revenir sur le lieu qui a façonné leur jeunesse. Pour les jeunes générations qui n’ont pas connu directement l’école, cette célébration offre un lien avec une étape importante de l’histoire de la diaspora arménienne.
L’événement se déroulera à Nicosie, une ville qui elle-même incarne à la fois la division et la résilience, ce qui en fait un décor symbolique pour honorer une institution qui a permis de maintenir l’unité arménienne malgré les frontières géographiques et politiques. Chypre a longtemps été une terre d’accueil pour la communauté arménienne, et l’Institut Melkonian a été au cœur de cette identité pendant huit décennies.
À l’approche de la date, le Concert du Centenaire Melkonian se présente comme une invitation — à se souvenir, à célébrer, et à renouveler l’engagement envers les valeurs que les frères Melkonian ont défendues : l’éducation, la préservation culturelle et la conviction que l’investissement dans la jeunesse est un investissement dans l’avenir d’une nation. Dans les voix de la Chorale de l’Église Arménienne, nous entendrons non seulement de la musique, mais aussi l’écho de cent ans de rêves, de luttes et de triomphes.
Pour ceux qui souhaitent assister à cette célébration historique, des billets et des informations complémentaires sont disponibles auprès des organisateurs. C’est un moment pour témoigner de l’histoire, pour célébrer, et pour faire partie d’une communauté qui refuse de laisser ses histoires s’éteindre dans le silence.